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Valérie Boisgel & Maïna Lecherbonnier
Valérie Boisgel et Maïna Lecherbonnier sont deux femmes qui écrivent sur le sexe. Deux générations, deux approches différentes du désir et de ses expressions. L’une poursuit avec Captive sa quête du sexe passionnel, du débordement, et de la transcendance. L’autre, avec Exercices sexuels de style, bouscule les clichés dans une pornographie aussi crue que libre et joyeuse. Interview croisée de deux femmes qui aiment parler d’amour…


Maïna, qu’est-ce qu’un “exercice sexuel de style” ?
Maïna : L’érotisme au XXIe siècle peut être un exercice de style tout à fait différent de ceux qui ont été pratiqués auparavant. Ce qui est intéressant, c’est de construire des exercices de style dans la joie, le bonheur, le désir. Je tiens à préciser que ces exercices peuvent être totalement déconnectés des sentiments. Ils fonctionnent d’abord par le sexe. Mais ce n’est pas parce que l’on envisage ces exercices d’abord par le corps que celui-ci est totalement déconnecté de l’esprit. L’ouvrage se développe  sous forme de petites nouvelles de trois ou quatre pages. Elles  expriment un fantasme, qui vient de moi ou d’autres personnes, réalisé ou non.
Quel est le rapport avec ce que l’on appelle, en littérature, un “exercice de style” ?
Maïna : Le rapport se trouve dans l’art de faire l’amour. Un exercice de style, qu’il soit littéraire ou sexuel, obéit à un code. On a d’un côté l’art du langage, et de l’autre celui du sexe.
Chaque nouvelle très courte renvoie à une pratique
sexuelle précise…
Maïna : Oui, Franck Spengler (directeur des Editions Blanche, NDLR) m’a demandé de travailler à partir du Dictionnaire des fantasmes et Perversions. J’ai choisi quelques fantasmes (voyeurisme, exhibitionnisme, urophilie, scatophilie, triolisme, etc.) qui ont été totalement retransformés en fonction de mes propres expériences et de celles que mes amis m’ont confié…
Que penses-tu, Valérie, de cette façon d’envisager le sexe sans le cœur ?
Valérie : Ce n’est pas ma façon d’envisager le plaisir ! Moi, j’ai absolument besoin d’amour pour pouvoir m’abandonner. Je suis sûre qu’un orgasme est dix fois plus fort lorsqu’on aime. Bien plus fort que lorsque l’on fait l’amour simplement pour le plaisir fugitif du corps.
Mais dans la vie, nous ne sommes pas tout le temps amoureux…
Valérie : Je l’ai été quatre fois dans ma vie, et durant de longues années. C’est merveilleux de pouvoir vivre, découvrir et aller toujours plus loin en amour. Dans De l’Aube à la Nuit et dans Captive, je parle de choses qui peuvent paraître extrêmes, mais toujours dans la sublimation de l’amour.
Ton attitude ne relève-t-elle pas du mysticisme ?
Valérie : C’est vrai que j’ai en moi un besoin d’absolu. J’ai besoin que mon cœur et que mon corps s’enflamment… Je me suis déjà rendue dans des lieux libertins avec mon compagnon, pour voir.  J’ai été  déçue parce que je pensais qu’il avait compris ma démarche. Je voulais une complicité entre lui et moi, pour se servir des autres. Cela ne s’est pas du tout passé comme ça. Je l’ai surpris, à un moment, entre les cuisses d’une fille. Cette fille, j’aurais voulu lui offrir, comme j’offre la jeune fille, dans Captive, à cet homme qui n’en peut plus… Elle a à peine 20 ans, et elle sent tout l’amour qu’il y a entre cet homme et moi. Je lui donne envie de cet homme, et elle a besoin d’être aimée. Car malgré tout ce que l’on peut dire, la plus grande quête c’est celle de l’amour.
Ne peut-on pas concilier l’amour et le fait de multiplier les expériences ?
Maïna : On peut très bien vivre une passion, aimer profondément quelqu’un, et avoir du désir pour quelqu’un d’autre.
Valérie : Quand on aime quelqu’un, on n’a pas envie d’aller voir ailleurs ! Ta démarche, Maïna, est plus masculine que féminine. L’homme dit : “J’ai envie de toi”, et la femme dit : “je suis amoureuse”.
Maïna : Je crois que l’on peut être amoureuse d’un homme pour un certain temps et garder un désir spontané. Celui-ci ne va pas s’exprimer dans un club échangiste, mais dans un espace que l’on aime, qu’on apprécie, une sorte de cocon. Les gens qui vont dans les clubs sont vraiment dans la consommation. Moi, j’ai envie de moments uniques, extraordinaires, même s’ils ne durent que quelques heures. On peut avoir les deux : le désir et l’amour. Dans le mot érotisme, on retrouve le désir et la passion qui peuvent être réunis dans la même personne et qui amènent, d’un coté, à vivre son corps, et de l’autre une passion sur la durée.
Tu es libertine depuis longtemps ?
Maïna : Je l’ai toujours été.
Valérie : Tu racontes que lorsque tu vivais en Afrique, tu t’es royalement offerte deux superbes noirs… réalité ou fiction ?
Maïna : Disons que cette nouvelle est très proche de la réalité de ce que j’ai pu vivre, mais il y a toujours un aspect littéraire et un aspect fantasmatique qui font évoluer le vécu.
Valérie : C’est vrai, moi-même j’ai toujours tendance à embellir la relation amoureuse…
La sexualité féminine est-elle plus assumée aujourd’hui ?
Maïna : Sans doute. Ma génération est marquée par la pornographie, d’ailleurs je trouve la pornographie formidable, et les magazines porno passionnants ! A une condition toutefois : que dans sa propre vie, on vive cela.
Tu ne trouves pas que la pornographie montre une sexualité pauvre ?
Valérie : Je suis contre la pornographie parce qu’elle ne nous montre que des sexes en érection et des visages de femmes qui s’ennuient à mourir. Les sentiments en sont absents.
Maïna : Non, je crois que les possibilités du corps ne sont pas infinies. Au bout d’un moment, on arrive dans sa vie au même résultat que ce que montre l’image pornographique. Non, ce qui me gêne dans le porno, c’est le scénario. On a tous un scénario, une histoire qui nous amène au sexe. On devrait davantage s’attarder là-dessus. Chaque expérience que nous avons est belle, dans notre vie. Une fellation, c’est beau, enculer une femme, c’est magnifique… à condition qu’il y ait un scénario autour.
Tu penses que l’on peut réaliser ses fantasmes ?
Maïna : Oui, absolument. Le porno, par exemple, est un fantasme réalisé. Il arrive qu’à un moment de sa vie, on rencontre la bonne personne pour réaliser certains fantasmes. C’est d’ailleurs un moment magnifique… ce scénario que l’on a dans la tête pendant très longtemps, et un jour, on le réalise.
Peut-on le vivre plusieurs fois ?
Maïna : Non, le fantasme ne doit pas être systématisé. Il faut le vivre une fois, jusqu’au bout. Mais il faut absolument écouter son corps. Le corps a une mémoire. Si l’on réalise un fantasme, il va continuer longtemps à travailler la sexualité.
Qu’auriez-vous à dire aux hommes sur la sexualité des femmes ?
Valérie : Que les femmes sont, sexuellement, beaucoup plus libérées qu’on ne le pense, mais elles recherchent l’amour avec l’homme qu’elles rencontrent. Le monde est de plus en plus violent, et les femmes ont un grand besoin de se réfugier, de trouver de la tendresse et de l’amour auprès d’un homme. Plus vous leur donnez plus elles vous donneront.
Maïna : Moi, je dirais tout simplement aux hommes : faites fonctionner nos zones érogènes, prenez le temps de vous en occuper, et vous commencerez à partager une émotion avec elles. Mieux vous vous occuperez d’elles, plus vous aurez envie de rester avec elles. Plus vous la ferez jouir, plus vous jouirez, et plus vous parviendrez à un amour sans violence ni culpabilité. Les hommes ont besoin d’être avec les femmes qu’ils aiment d’une manière corporelle, sensuelle. C’est ce qui leur permet d’arriver à l’émotion.
Que penses-tu, Maïna, du livre de Valérie ?
Maïna : Son livre décrit parfaitement les émotions qu’une femme peut éprouver. Elle parvient à capter le sentiment, à le décrire, à l’ouvrir. C’est tendre et profondément érotique.
Et toi, Valérie, que penses-tu du livre de Maïna ?
Valérie : Ce que j’aime beaucoup chez elle, c’est qu’elle a une écriture de son âge. Elle dit les choses avec légèreté, sans culpabilité, comme une évidence. Moi, j’ai besoin que les choses viennent de loin. Je suis très passionnée, je ne peux pas vivre les choses autrement.
Cela explique ce titre très fort, “Captive”…
Valérie : Oui, ce roman est une histoire vécue de très près qui dévoile la passion du coeur et du corps. C’est cru, c’est vivant, et c’est plein de poésie aussi. C’est la vie avec un grand V.
Quelles sont les choses les plus marquantes que vous ayez vécu, sur le plan sexuel ?
Maïna : Pour moi, avoir vécu un certain temps dans la même maison avec deux hommes.  Je faisais l’amour avec l’un et l’autre. Quand cela dure pendant plusieurs mois, c’est une expérience très marquante.  Autrement, ce qui m’a énormément plu aussi, c’est de vivre des expériences sexuelles avec différentes personnes en les racontant, quotidiennement, à une autre personne. Comme si toi et moi, nous avions fait l’amour une dizaine de fois, et que l’on continue ensuite à s’appeler régulièrement pour que je te raconte mes frasques…
Valérie : Ce sont les rencontres fortes, passionnées. Les premiers mots, les premiers regards, la découverte de l’autre, l’abandon de soi. Cette envie d’aller plus loin dans l’acte érotique, là où je me trouve et qu’on ne trouve pas dans la pornographie.
Quels sont vos projets ?
Valérie : Je suis avec Franck Spengler en train de monter une audiothèque de livres sur la littérature érotique française. Des textes connus et moins connus. J’ai aussi un livre en écriture, “Dix-sept lecons pour bien faire l’amour”. Tout un programme !  
Maïna : Peut être pourrions-nous travailler ensemble ...
Valérie : J’adore sa voix de bourgeoise qui dit des gros mots !







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