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| Descente de cocaïne chez les libertins |
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Après avoir été longtemps réservée à l'élite de la jet-set ou à la crème des golden boys, voilà que la drogue des riches fait une entrée fracassante chez les libertins. A tel point qu'aujourd'hui le plus surprenant est la façon décomplexée qu'ont les jeunes adeptes des plaisirs charnels à consommer de la cocaïne. On commencerait même à se demander qui du sexe ou de la drogue éveille vraiment le désir de la nouvelle génération. Il serait grand temps de s’en inquiéter. En attendant, La Chaine Libertine mène l'enquête.
“La première fois que j'ai pris de la cocaïne, c'était lors de la Saint Sylvestre il y a deux ans. Un de mes amis m'avait invitée chez un photographe qui organisait dans son studio une grande partouze pour le réveillon, raconte Sandrine, 28 ans. Sur la table basse, entre deux coupes de champagne, Serge, un beau mec plein de charisme, a tracé quelques lignes. Il m'a dit que c'était un super trip, que cela allait me donner un plaisir fou. J'étais très introvertie et je dois reconnaître que, grâce ou à cause de cela, j'ai transgressé tous mes interdits...“ Sandrine n'a rien à voir avec cette jeunesse dorée. Elle est secrétaire dans une boîte de marketing. Elle représente parfaitement la banalisation de la consommation de stupéfiants. Les services de lutte contre le trafic de drogue estiment que près d’un tiers de la nouvelle population libertine consomme occasionnellement ou régulièrement des produits interdits. Et ce chiffre continuerait à augmenter de façon exponentielle. A tel point que les services spécialisés de la police commencent sérieusement à “travailler“ cette micro société qu’est le monde libertin. Michel, inspecteur principal à la brigade des stups, nous confie avoir mis sous surveillance certaines discothèques échangistes parisiennes. Certains couples, consommateurs assidus et dealers occasionnels, écument ainsi les soirées échangistes et tentent de recruter de nouveaux clients sous couvert d'organisation d’obscures soirées. “Le problème c’est qu’ils ne se contentent pas de distribuer des flyers. Il suffit d’être un peu attentif pour repérer leur manège“, ajoute encore le spécialiste anti drogue. On retrouve d’ailleurs le même genre de pratiques sur certains sites de rencontres échangistes. La facilité du contact et la discrétion de ces plateformes virtuelles favorisent la réalisation des "deals" parallèlement aux rencontres échangistes classiques. Pour ces jeunes libertins, la consommation de cocaïne représente désormais un additif indispensable à la plus petite soirée réussie, au même titre que quelques verres d'alcool. C’est presque devenu culturel. Les usagers occasionnels sont d'autant plus décomplexés que les dangers et encore plus les overdoses des rocks stars qui ont marqué les esprits dans les années 80 ne font plus peur aujourd’hui. Elles ont été oubliées. Et puis l’idée reçue qui fait de la cocaïne “la drogue des riches, de la hype“ continue à faire des ravages, lui conférant une image glamour de plus en plus usurpée… Magalie, quant à elle, ne peut plus imaginer une soirée sexe sans cocaïne. Cela fait deux ans qu'elle est accro. Depuis ce jour où dans les toilettes d'une boite échangiste on lui a proposé un trait. Elle a passé une nuit blanche exceptionnelle, « j’ai réussi à jouir comme jamais, j’ai enchaîné les orgasmes tout au long de la nuit et reprendre le boulot le lendemain en pleine forme». Pourtant, les effets de la cocaïne sont bien souvent en contradiction avec la recherche du plaisir que mettent en avant ces nouveaux adeptes. Bien sûr, cette drogue procure un sentiment de confiance en soi décuplée. Elle diminue aussi l’inhibition sexuelle en même temps qu’elle retarde l’orgasme. Mais sans parler de la dépendance qui accompagne la prise de toutes drogues dures (et oui, la coke en est une), il est d’autres effets, moins immédiats et moins connu, qui ont de quoi faire réfléchir les libertins. Il semblerait que la cocaïne provoque un afflux de dopamine dans le cerveau, procurant une sensation artificielle mais puissante de bien être, au regard de laquelle, un simple orgasme peut s’avérer décevant. Et puis la coke est un anesthésique puissant. D’ailleurs c’est de notoriété publique, “les cocaïnomanes sont bien souvent de tristes peine à jouir. Ils se vantent un temps de leur exceptionnelle endurance, mais finissent toujours par déchanter“, comme le souligne Pierre, libertin convaincu. Quand on pousse Magalie dans ses derniers retranchements elle est un peu moins sûr de ne pas “Foutre sa vie en l’air“. D’accord, elle a renouvellé l'expérience, encore et encore. Dans les soirées privées, elle ne se cache même plus et s'en met plein le nez au bord des backrooms, le tout juste après avoir siroté quelques verres d'alcool. Le cocktail est explosif. Elle avoue maintenant ne plus trouver le sommeil avant quatre heures du matin. Elle constate que sa peau vieillit, flétrie bien plus vite que les filles de son âge. Elle commence à perdre ses cheveux, et réalise surtout que son pouvoir de séduction décline sérieusement. Car pour contrôler les effets de la prise de “CC“, elle est entrée, comme beaucoup de toxicomanes avant elle, dans le cycle infernal de la surmédicamentation. Elle prend des cachets pour éviter les insomnies et autres effets de plus en plus traumatisants de la "descente". Comment expliquer qu'une jeune femme en arrive là ? Il y a d'abord l’accessibilité du produit. " Il faut moins de temps pour trouver une dose que de déposer son manteau au vestiaire " affirme Patrick, 30 ans commercial dans les assurances. " Pour 60 euros, tu trouves un gramme de pure qui te fait monter au plafond pour toute la nuit, tandis que deux coupes de champagne te coûtent 70 euros dans les clubs parisiens les plus chics. " Ensuite, pour les performances sexuelles, "tu es un super-étalon. Les vieux ont le viagra, moi un peu de CC". Patrick consacre à l'achat de cocaïne près du tiers de son salaire, soit plus de 600 euros par mois. Etonnamment, les campagnes de prévention des pouvoirs publics n'ont souvent que très peu de portée. A tel point que certaines ont même un effet inverse. Claire 27 ans, enseignante, l’affirme : “on nous fait tout un lavage de cerveau en disant que si tu prends de la C, tu deviens aussi vite une épave. Quand j'ai essayé la première fois, je me suis demandé pourquoi personne ne m'avait dit que c'était le pied et qu'avant de devenir une tox, il y avait du chemin". Car le vrai danger, c’est que la descente aux enfers est lente, presque imperceptible. Néanmoins, Claire est parfaitement consciente des dangers et conséquences : parano, crise d'angoisse, mal-être entre deux prises... Mais ce n’est pas tout, loin s’en faut. L'association Couple contre le Sida dénonce un effet collatéral à ne pas négliger de la consommation de cocaïne. Cette pratique va souvent de paire avec l'exposition aux risques de transmission du VIH par le non respect des mesures de prévention. Responsabilité et défonce vont rarement de paire. Et les libertins sont des hédonistes, ils sont donc plus vulnérables aux paradis artificiels. "Je suis très timide, mais à chaque fois que je me fais un trait, je me transforme en femme fatale, je suis totalement décomplexée,je parle à tout le monde. Tout le monde m'aime et j’aime tout le monde. Au fil du temps la coke était devenue une alliée fidèle à mon émancipation. Mais plusieurs fois cela a dérapé “, raconte Claire. “ J'avais un tas de copains partouzeurs qui m'invitaient en clubs ou dans des soirées privées. Un soir, un copain m'a invité à dîner chez lui. il est venu me chercher et après m’avoir fait «pater» quelques traits, en arrivant dans son appartement, j'ai constaté qu'il y avait six de ses amis et cela a dérapé. J'ai fais n'importe quoi (sans préservatif, évidement). Le lendemain matin, je me sentais sale. J'étais très mal, super triste. Je me suis dit pour me réconforter qu’il n’y avait pas mort d’homme et que ce n'était qu’un dérapage exceptionnel. Mais l'épisode c'est reproduit, pas exactement de la même manière mais avec les mêmes conséquences. J’ai fais des choses encore moins glorieuses, dont je n’ai encore parlé à personne mais qui depuis martèlent mon cerveau. J’ai fini par perdre toute estime de moi. Dans ma vie de tous les jours, plus rien n’allait. Je me disputais avec mes amis, mes parents, sans motifs. Je faisais de grandes déclarations amoureuses à des mecs dont je me moquais royalement. Après quelques mois, je suis devenue anorexique et j'ai fais plusieurs tentatives de suicide pour finir, par être hospitalisée six mois en psychiatrie, avant de reprendre une vie «normale». Avec le recul, je me dit que c'est vraiment trop cher payé.“ Le témoignage de Claire fait froid dans le dos. On considère généralement que la période de sevrage oscille entre une et dix semaines. Elle est caractérisée par un déséquilibre émotionnel. Mais le sevrage ne signifie pas la fin des ennuis. En réalité on en sort jamais vraiment. D’ailleurs le plus grand danger vient du conditionnements appris dans la période de consommation. Et c’est justement là que le bât blesse : il arrive que pour décrocher un libertin doive changer de mode de vie et abandonner le milieu pour ne pas réveiller les réflexes acquis alors qu’il était dépendant. De quoi faire réfléchir les hédonistes, qui à vouloir sur ajouter le plaisir au plaisir, finissent par faire d’un moment de détente une situation à risque. Obstine Marton
- Un plaisir artificiel qui peut coûter très cher :
Considéré à tort comme un produit naturel et peu addictif, la cocaïne est classée parmi les produits stupéfiants au même titre que l’héroïne, le LSD ou encore le GHB... Par conséquent, son simple usage est réprimé sévèrement par la loi. Et sans parler des conséquences physiques et psychologiques désastreuses de la prise de cocaïne, ou encore de son prix exorbitant, ce plaisir artificiel peut coûter très cher. La simple présentation sous un jour favorable des produits classés stupéfiants est puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Pour les simples usagers, le code de la santé publique prévoit des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Et devant la recrudescence de la prise de “coke“, ces peines sont de plus en plus sévèrement appliquées.
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