Paint it sex
Le peintre figuratif le plus couru actuellement aux Etats-Unis est aussi complètement inspiré par les scènes de parties fines. Bienvenue dans l’univers sensuel et hyper réel de Terry Rodgers. Photos retouchées ? Instantanés pris sur le vif lors d’une soirée glam prête à lentement dégénérer ? Vous n’y êtes pas. Regardez de plus près. La carnation des peaux, le lustre des regards, le brillant des diamants certes… mais aussi sur ceux-ci, la discrète marque du pinceau. Et oui, cette scène qui a émoustillé vos sens, ou, à tous le moins, retenu quelques secondes votre regard (ne mentez pas, je suis sûr que vous aussi avez bloqué sur ces images), n’a rien de réel : elle ne sort pas d’un quelconque club à la mode ni d’une soirée confidentielle de la jet-society mais de l’imagination et des mains de Terry Rodgers, peintre New Yorkais dont les éditions Torche Livres ont le bon goût de publier un luxueux catalogue de toile, le bien nommé « Apotheosis of Pleasure ».  Donc, c’est entendu : aucune de ces nymphes au corps de liane n’existe, ce qui ne veux pas dire que vous n’en croiserez aucune. C’est même le contraire qui risque de se passer. Car Terry Rodgers et son œuvre considérable (notre homme a plus de 60 ans et peint depuis son plus jeune âge) rayonnent intensément depuis la big apple New Yorkaise et circulent de plus en plus à la surface de la planète culture. Dans les pages de votre magazine mais aussi dans les galeries d’art les plus en vue : le Mobile museum of art aux USA ou plus près de nous en Europe, la Kunsthalle de Munich ou encore la Biennale de Valence. « Un souffle de hard qui bouscule l’art », n’ont pas hésité à décréter certains critiques emballés. « Un pornographe qui traîne l’art contemporain dans la boue la plus démagogique » ont tonné d’autres manifestement plus frileux. La vérité ? Sûrement un peu entre les deux. Mais en tout cas, ne comptez pas sur l’auteur pour donner un semblant de réponse. Sur le sujet, le garçon est aussi muet que les belles de nuits qu’il fige au pinceau. Alors, libertin Rodgers ? Dans la tête peut être mais dans les faits sûrement pas. Reclus la plupart du temps dans son atelier, l’artiste est connu pour refuser systématiquement de participer aux soirées fines auxquelles on ne manque pas de l’inviter (et dieux sait s’il en a : qui ne rêve pas d’immortaliser une nuit de concupiscence autrement que par un banal cliché photo).  Opportuniste ? Pas franchement. Malgré le succès, jamais le peintre n’a consenti à prêter ses toiles au marketing ou à la pub (et pourtant, là encore, ce n’est pas les demandes qui manquaient). Mégalo ? Sûrement un peu : comment ne pas l’être lorsque les toiles que l’on élabore font jusqu’à quatre mètre de haut (mais franchement, est-ce là le problème ?).  Et alors, finalement, ouvertement porno ? Là, la question est plus délicate. Si vous regardez ces toiles à la va-vite, sûrement serez-vous tenté de répondre par l’affirmative : ces corps à demi dénudés, ces postures d’abandons, ces croupes offertes : tout cela sent le sexe. Mais prenez votre temps et regardez avec attention : dans aucun de ces tableaux, jamais un sexe érigé, jamais une entrejambe écartée, jamais une étreinte consommée. Nous sommes excités comme des puces devant ces toiles qui nous semblent scandaleuses en diable et pourtant chez Terry Rodgers, personne ne baise, l’amour est littéralement « hors cadre » peut être déjà réalisé (fin de partouze, tout le monde descend), peut être à peine espéré. Pas de plaisir, juste du désir. Rien ne se montrer pourtant tout apparaît. Certains appellent ça la quintessence de l’érotisme. D’autres, l’enfance de l’hard. Rodgers par Terry
Après Rodgers dans le sexe, voici Terry dans le texte, en commentaire de son œuvre et des rapports hommes femmes qui la sous tendent : « Chacun prend une position tout en surveillant l’autre; l’homme est un pervers et la femme un objet de luxure. Il réside dans cette superficialité, à la fois de l’excitation et de la répulsion dans ses oeuvres au nom de parfums. La nature même de l’Homme... comme si l’argent faisait de nous des acteurs pornos aux instincts primaires. ». Voilà de quoi méditer sur l’oreiller…  |